Des bâtiments de justice tombent en ruine. D’autres ont la même qualité d’ordinateurs qu’en Albanie ou en Grèce. Cela nous coûtera cher.
Tueries du Brabant : la fin ?
Dans l’enquête sur les Tueries du Brabant (1982-1985), la justice rend les armes.
Ils ne le diront pas de manière aussi cruelle pour les familles des 28 victimes des Tueries du Brabant, laissées sans réponse depuis plus de 30 ans. Mais la semaine prochaine, les magistrats en charge de l’enquête inaboutie vont annoncer qu’elle tourne décidément en rond et que le dernier espoir réside dans un aveu… inespéré.
Bodyguards à 500.000 euros ?
Combien coûte la sécurité rapprochée du Premier ministre ? En Belgique, « on » ne répond pas à ce type de question. « Allez la poser chez le voisin », dit un ministre, et les suivants. C’est « secret défense » ou « trop délicat » en ce moment. En France, le « Groupe de sécurité du président de la République » François Hollande comptait 63 hommes au début de l’année, coûtait à ce moment 8 millions annuels et il a été renforcé entretemps. Pour Charles Michel et par déduction, les effectifs sont nettement plus resserrés et les tarifs doivent être inférieurs aux standards français (72.000 euros par an et par garde du corps, selon un rapport – daté – de la Cour des comptes française). Total estimé pour la protection du chef de gouvernement belge : 500.000 euros par an ?
La folie du low cost
Que sont devenus ces « Indiens » qui dormaient sur le chantier d’un grand hôpital, à Liège ? Et ces « Egyptiens » qui sont montés au sommet d’une grue, à Charleroi, pour protester contre leurs conditions de travail et stopper un moment la construction d’un beau temple du commerce ? Dans Médor, je pousse l'enquête.
La Belgique, ses terroristes et ses drôles d’indics
Qui infiltrait qui à l’époque des départs massifs en Syrie ? Plusieurs « taupes » surveillaient le rabatteur Jean-Louis Denis et le chef du recrutement Khalid Zerkani, dont les procès se termineront cet automne. Tuyaux percés et infos tardives : le résultat est consternant. Et la Belgique préfère se taire sur ces échecs… (Article paru dans Le Soir Mag du 14 septembre 2016).
Tueries du Brabant : doit-on y ajouter la mort d’un sénateur ?
L’Opel d’un sénateur socialiste slalome en pleine nuit et percute la voiture venue d’en face. L’homme politique meurt dans l’ « accident », sans qu’il y ait d’enquête. On est en 1983… L’affaire rebondit aujourd’hui : le sénateur était-il sur la route d’un groupe de gendarmes prêts à tout ? Serait-ce un meurtre ? A ajouter à la liste des 28 victimes officielles des Tueurs du Brabant ?
Lire ci-dessous l’intégralité de l’article paru dans Le Soir Mag du 6 juillet 2016
Les nouveaux esclaves
Le 14 avril dernier, sept ferrailleurs venus d’Egypte en ont eu marre d’attendre leurs salaires. Ils ont pris place au sommet d’une grue de trente mètres, avec vue panoramique sur les fondations de Rive Gauche, le nouveau temple du commerce, qui sort de terre, à Charleroi, et ils y sont restés. « J’ai bien cru qu’ils allaient se jeter dans le vide », commente le représentant syndical Abdel Abid. « Ce sont des hommes et eux, au moins, ils ont touché leurs salaires », sourit timidement Ali Shaaban, ouvrier sans papier, faisant référence aux 108.000 euros déboursés sur le champ par la société momentanée Valens-Duchêne pour faire atterrir les protestataires. Ali vient de la même région d’Egypte que les têtes brûlées montées sur la grue. L’oasis agricole Fayoum, perdue au centre du pays. « Nous sommes venus en Italie au lendemain du printemps arabe, explique-t-il. Il n’y avait pas de travail chez nous, beaucoup de racisme en Italie et c’était mieux à Charleroi, où nous avons commencé à travailler il y a un an. Puis sont très vite venus les problèmes d’argent. Abdel traduit les propos d’Ali et mime de la main sa méfiance à l’égard de la notion de sous-traitance. Les uns incriminent le maître d’ouvrage belge, à tout le moins imprudent. D’autres fusillent du regard la lasagne italienne d’entreprises à l’affût des failles dans le droit social. Ce qui semble évident, à ce stade, c’est que Valens-Duchêne a fait confiance à Consorzio Edile, une firme italienne ayant créé une (sorte de) succursale à l’aéroport de Gosselies pour aider de grands groupements belges à remporter des marchés. La construction de Rive Gauche, à Charleroi, par exemple. Mais aussi l’érection d’un hôpital géant en banlieue de Liège, sur les hauteurs du MontLégia. La manœuvre ? Détacher des travailleurs munis de pièces d’identité italiennes (fictives ?), les exploiter sans nécessairement leur garantir la moindre protection sociale et alléger ainsi la masse salariale du client belge.
Molenbeek vu de Berlin
Sur la chaine allemande ZDF, ce mardi soir : comment des filières mafieuses belges ont généré les terroristes de Paris et Bruxelles. Pour voir l’émission, cliquez sur : http://www.zdf.de/ZDFmediathek/podcast/1074

Le mystère Z…

Des attentats de Paris à ceux de Bruxelles, 4 mois d’enquête sur les réseaux de recrutement djihadiste. Un personnage sort de l’ombre. Il avait été repéré dès avril 2012. Par lui sont passés Abaaoud, Attar, Akrouh, Laachraoui, les auteurs d’attentats sans doute planifiés ensemble. Le lien entre ces djihadistes devenus terroristes : Khalid Zerkani. C’est un fait. Ce recruteur a travaillé au départ de Bruxelles tel un parrain mafieux, connecté à Daesh, distribuant les faux passeports, organisant les départs et les arrivées en Syrie, réglant les aspects financiers (avec Reda Kriket, arrêté à Paris – jeudi – alors qu’il s’apprêtait sans doute à continuer le travail). Khalid Zerkani, l’homme que la Belgique surveillait encore pendant que ses recrues se préparaient déjà : pourquoi l’avoir laissé faire si longtemps (d’avril 2012 à son arrestation en février 2014) ? Ma thèse : parce que la Belgique espérait coincer de plus gros poissons que ce type excentrique et qui ne se cachait même pas. Erreur de jugement… C’est à lire dans Médor (comment Zerkani et consorts ont recruté et radicalisé), dans Le Soir Mag (le réseau qu’on n’a voulu voir) et dans Marianne (les liens France-Belgique). Le bout de l’analyse m’est donc personnelle. Sur la base de faits, de dates, à chacun de juger. Et à en tirer les leçons, le cas échéant. Parmi ces leçons, l’appel à une plus grande vigilance quant à des réseaux criminels urbains en est une, me semble-t-il. Les faiblesses de l’Etat belge en sont une autre, et là, à chacun (il y aura du monde sur le trottoir) à balayer devant sa porte. L’urgence étant – avant ça – au démantèlement complet du réseau franco-belge. On y est presque, mais pas tout à fait, hélas…
Djihad Express

L’impression de me trouver calé contre la cloison d’un ascenseur, le temps d’une secousse sismique. Trois jours après les attentats de Paris, l’appartement bruxellois délaissé par Sabri Refla ressemble à un shaker. Fatalisme, colère, incompréhension: les parents de ce jeune Belge mort en Syrie et aujourd’hui poursuivi pour sa «participation à un groupe terroriste» semblent débordés par la confusion des sentiments. Et moi aussi, je l’avoue…Sabri Refla a claqué la porte du petit bonheur tranquille en août 2013, à 19 ans, répondant à l’appel du djihad. Son malaise était perceptible depuis trois mois. Le chiffre maudit. Trois mois plus tard, ses parents apprenaient sa mort «en martyr». Au lendemain du Bataclan, ils sont là, terrorisés. Tremblant à l’idée que leur propre fils aurait pu s’y associer, le père, la mère sont anéantis. Ce sont des gens ordinaires. Sans barbe, ni voile, ni coran, ni repli sur soi. Cherchant juste à comprendre les raisons de leur échec dramatique, à l’occasion d’un procès éreintant devant le tribunal correctionnel de Bruxelles: celui de leur fils mort et de ceux qui l’ont accompagné ou mené en Syrie.
Bien sûr, il y a des zones d’ombre dans l’histoire de ce gamin souriant né parmi nous- histoire racontée dans le numéro 2 de Médor, sorti en mars 2016.
Parti d’ici paumé, s’écartant là-bas de son compagnon d’échappée, Sabri serait mort d’une balle perdue ou… d’un acte kamikaze. A proximité d’un barrage dressé par l’armée régulière syrienne face à des rebelles mélangés à des terroristes. Du cloaque oriental, les parents n’ont reçu aucune image. Il n’y en a pas dans le dossier judiciaire. Aucune photo de Sabri portant une arme, ni aucune vidéo ou message revendiquant son appartenance à l’Etat Islamique, par exemple.
Vidéo glaçante
Ce qu’on sait du départ? Le gamin a disparu entouré d’ombres, le mardi 13 août 2013. Une dernière vidéo le représente dans une rue de Bruxelles. Ce document glaçant a été retrouvé lors de perquisitions au domicile d’Othman Akzinnay, un jeune homme à peine plus âgé que Sabri, poursuivi en tant que dirigeant d’un groupe terroriste et qui comparait libre lors du procès bruxellois. Lui est en aveux. Interrogé au tribunal sur son rôle lors du départ de Sabri et d’un ami bruxellois, Yassine, ce maillon d’une chaine a reconnu une mauvaise blague, dont il s’est dit coutumier. Il tient la caméra et ironise à propos des deux proies d’une filière de recrutement bien organisée. «Enrico et Pablo vont à la guerre?», glisse le cameraman telle une peau de banane. Devant «Enrico» Yassine Cheikhi et «Pablo» Sabri Refla, assimilés par leurs surnoms à de simples touristes, deux silhouettes en djellaba ouvrent la voie menant à la mosquée Kouba, à Schaerbeek. Elles les emmènent vers l’inconnu.
C’est une autre zone d’ombre du dossier. La justice belge n’a pas établi comment les deux fugitifs se sont rendus de la mosquée bruxelloise à l’aéroport d’Ostende. Selon mes recoupements, les ombres de la fameuse vidéo seraient Mohamed Akzinnay, le frère d’Othman, et Maalmi Yahya, l’oncle de Yassine, figurant également sur les bancs du tribunal. Le djihad en famille! Le détail a son importance. Il y a encadrement et scène filmée. Les mêmes hommes vont d’ailleurs se multiplier les jours suivants, s’alimentant auprès d’un leader-pompe à fric, cherchant sans cesse son approbation ou ses lumières: Khalid Zerkani, présent sur le sol belge depuis vingt ans. Mis sur écoute, surveillé par un agent undercover et un indic au passé sulfureux, suivi dans ses moindres mouvements de juillet 2013 à février 2014, au moins! A l’occasion du départ de Sabri et Yacine, donc. Pourquoi l’a-t-on laissé faire?
Sans avoir pu reconstituer la trajectoire complète de Sabri Refla, le tribunal de 1ère instance de Bruxelles le juge actuellement par défaut (son décès n’a pu être officialisé). Le réquisitoire du parquet fédéral est connu depuis fin février. Une peine de 5 ans de prison est retenue contre lui. C’est le même tarif que celui demandé pour des seigneurs de guerre avérés. Or Sabri était-il un terroriste en puissance (la thèse du parquet) ou un jeune en difficulté d’insertion sur le marché du travail et victime de recruteurs sans scrupules (la thèse de ses parents)?
Singulier et universel
De nombreux jeunes Belges happés par l’Etat Islamique ou ses intermédiaires sont passés par les mêmes filières que Sabri, les mêmes mosquées, les mêmes prédicateurs de rue et ils étaient issus des mêmes quartiers. L’enquête que Médor publie dans son numéro 2 montre à quel point chaque cas est singulier et universel, à la fois. Le parcours de Sabri n’a rien à voir avec celui de Yassine Cheikhi (le combattant assumé qu’il a accompagné), de Bilal Hadfi (le terroriste qui s’est fait sauter près du Stade de France et qu’il a croisé sur les bancs de l’école) ou d’Abdelhamid Abaaoud (l’organisateur présumé des attentats de Paris, qu’il a pu connaître au hasard de ses contacts dans les milieux islamistes bruxellois). Leur djihad à eux ramène à des cadavres trainés au sol et à l’horreur des têtes coupées.
Comprendre ce qui a mené Sabri en Syrie n’est donc qu’une toute petite partie de l’histoire. Il resterait à déterminer qui a inspiré ou manipulé le mystérieux Khalid Zerkani, recruteur en chef de djihadistes belges par dizaines. L’homme qui fait peur. A ses complices et aux autorités belges.
