Bodyguards à 500.000 euros ?

Combien coûte la sécurité rapprochée du Premier ministre ? En Belgique, « on » ne répond pas à ce type de question. « Allez la poser chez le voisin », dit un ministre, et les suivants. C’est « secret défense » ou « trop délicat » en ce moment. En France, le « Groupe de sécurité du président de la République » François Hollande comptait 63 hommes au début de l’année, coûtait à ce moment 8 millions annuels et il a été renforcé entretemps. Pour Charles Michel et par déduction, les effectifs sont nettement plus resserrés et les tarifs doivent être inférieurs aux standards français (72.000 euros par an et par garde du corps, selon un rapport – daté – de la Cour des comptes française). Total estimé pour la protection du chef de gouvernement belge : 500.000 euros par an ?

A lire aussi dans Le Soir Mag de ce mercredi : reportage sur la protection rapprochée du Premier ministre et libres considérations sur la responsabilité de la fonction en temps de  guerre… Morceaux choisis :

Confidence de Charles Michel à un membre de son entourage direct : « Tu imagines la pression si, un jour, vous venez m’annoncer qu’un avion de ligne rempli de passagers semble se diriger tel un kamikaze sur la Grand’Place de Bruxelles ? » Réponse en forme de question du Premier ministre : « La décision de l’abattre devrait être prise en quelques secondes. Ce serait à moi de trancher, non ? » Comme il y a quelques mois, à un niveau moindre de responsabilité, quand il lui a fallu bloquer sur le tarmac de Zaventem un avion égyptien présentant des risques. Au 16, rue de la Loi, personne ne fait de publicité de ce type de « situations extrêmes »…

Récit de voyage diplomatique, en Allemagne : Berlin, 9 septembre. La « fête des citoyens » bat son plein au Château Bellevue, à l’invitation du président allemand Joachim Gauck. La Belgique et son Premier ministre Charles Michel sont à l’honneur. Il s’agit de remercier chaleureusement – au champagne et petits fours – les bénévoles qui ont servi la patrie. Y compris sur des lieux d’attentats, précise le Bündespräsident en fin de mandat. Les invités sont triés sur le volet. Pour accéder au Graal, il a fallu franchir des portiques de sécurité et constater dès l’entrée qu’il y a une nuée d’agents de sécurité dans les parages. Charles Michel joue dans la cour des grands. Non seulement il a eu accès à la chancelière Merkel pour préparer « discrètement » le sommet européen qui se profile. Mais, désormais, notre pays se défend aussi en termes de gardes du corps par centimètre carré. Quoique… Il est difficile de concurrencer Angela Merkel dans cette ville habituée à la surveillance rapprochée, où chaque coin de rue est équipé d’une caméra et où l’accès aux principaux bâtiments publics est protégé par des structures fixes en béton armé. Tiens, là, juste après les discours, la chancelière s’offre un petit bain de foule épuisant… pour ses malabars à oreillette. Ils sont près de dix dans un périmètre de cinq mètres carrés. A chaque main tendue se dresse deux paires de bras musclés pour éviter tout malentendu. Jusqu’il y a peu, un Premier ministre belge abandonné dans une telle fosse aux lions se serait senti un peu seul. Plus maintenant. Dans la foulée de ses hôtes allemands, Charles Michel entreprend la visite du stand belge. Frites-mayonnaise, bière de tradition et chocolats fins. Ses trois gardes attitrés et une poignée d’agents allemands passent un sale quart d’heure. Il faut à la fois surveiller l’horizon, au-dessus des têtes, et scruter les badauds qui cherchent leur moment de bonheur avec un petit selfie. Tout a été savamment analysé et préparé. Mais le risque zéro est une aberration en ce moment. Deux clowns s’approchent du Premier ministre. Ils parlent fort et le sourire de Michel se crispe inconsciemment quand ils veulent lui imposer le nez rouge. Ouf. Inoffensifs… Au stand Duvel, on presse le chef de gouvernement à venir servir une petite mousse. Pas bon, ça. L’homme à protéger s’écarte du chemin « balisé », traverse un petit bosquet et se glisse à l’arrière de l’échoppe. Mais les gardes avaient anticipé, cela dit. Le flair, sans doute. Ils restent quasi au corps à corps. Vingt minutes plus tard, ce très rare moment de « liberté » parmi les humains s’achève dans une voiture blindée qui démarre en trombe. Retour à l’ambassade, encerclé par la police allemande, et escorte serrée jusqu’à l’aéroport. Les bodyguards peuvent souffler. Un peu de répit à 30.000 pieds… Demain est un autre jour.

 

 

 

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