Déchets radioactifs enfouis ?

Stockage déchetsLe groupe italien Duferco, éphémère « sauveur de l’acier wallon », est suspecté d’avoir lui-même pollué les sols qu’il est en passe de réhabiliter pour le compte de l’Etat. Les accusations émanent d’anciens cadres de la firme. Une enquête judiciaire a été ouverte au parquet de Mons, suite à ces accusations datant du printemps 2017. Elles figurent dans des PV d’audition dont Médor (n°9) a pu prendre connaissance.

Le jeudi 15 septembre 2011, l’usine Duferco La Louvière est perturbée par un incident rare. Pour une raison qui reste inconnue, du césium 137 comparable aux isotopes détectés lors de la catastrophe de Tchernobyl, le 26 avril 1986 en Ukraine, se glisse, fond et se transforme en poussières radioactives dans le four électrique du département « Produits Longs ». Le souci est classé au niveau 1 sur l’échelle de gravité établie par l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN). Il va mettre en quarantaine une partie des installations louviéroises durant un mois.

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Selon les chiffres officiels, la poisse radioactive aurait généré 130 tonnes de poussières à traiter. Pour un coût prohibitif. « J’ose le dire, il y a eu de nombreuses manœuvres anormales. On a enseveli des poussières avec des grues, avant le décompte des dégâts, afin de minimiser l’ardoise », clame l’ex-délégué syndical FGTB Mustafa Ekinçi, membre à l’époque du Comité d’hygiène et de sécurité de la firme italienne. Il l’a dit à la police judiciaire il y a bientôt un an et placé des croix sur des plans de l’usine, aux endroits visés. Il a indiqué les noms des grutiers qui étaient aux commandes des engins enfouisseurs. Les faits sont apparus suffisamment graves et précis au parquet de Mons pour qu’il entame des vérifications (…)

Très vite, des travailleurs ont passé les tests ad hoc et les avis ont été rassurants sur le plan sanitaire. L’Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies (l’ONDRAF) ne se mouille pas trop sur les aspects liés à la santé. « Nous n’intervenons que pour la partie relative à la gestion des déchets, commente sa porte-parole Evelyn Hooft. Le problème chez Duferco, ça a été le volume très important de poussières faiblement radioactives. La firme vient de recevoir l’autorisation de concevoir une machine spécifique pour réduire au maximum les quantités à traiter. Il faudra bien sûr tester ce dispositif. On en est là… » Des déchets douteux restent actuellement stockés dans un hangar protégé des regards, le long du canal historique du Centre. Six ans après l’accident.
« Au cœur du site de La Louvière, il existe bien ce qu’on appelle la poubelle, souffle un ex-ouvrier de Duferco. C’est là qu’on a toujours liquidé nos crasses. » Un ancien syndicaliste critique aussi l’attitude de la direction lorsqu’il a été décidé de stopper définitivement le haut-fourneau de Carsid (Marcinelle/Charleroi), à la même époque : « Je m’y suis opposé mais la direction voulait simplement concasser des débris, nuisibles pour l’environnement, et les revendre à La Louvière. C’était n’importe quoi. »

Poussières radioactives Duferco
Le jour de l’incident radioactif de septembre 2011, celui-ci n’a pas été immédiatement détecté. Un camion chargé de poussières a quitté l’usine louviéroise sans faire sonner le portique de sécurité. C’est en France que la radioactivité a été constatée. Une firme spécialisée dans le traitement de tels rebuts industriels (non toxiques) a renvoyé la cargaison à l’expéditeur ; la société privée Controlatom est venue confirmer la radioactivité ; et c’est après un certain délai, donc, que le four a été mis à l’arrêt. « C’est durant ce laps de temps qu’il a été décidé d’enfouir en vitesse ce qui pouvait l’être », dénonce l’ex-délégué syndical Ekinçi, en poste dans la zone du four électrique concerné par la panne. Lui et le chef de la sécurité de l’époque, Massimo Pioggia, affirment que la période de chômage technique a été zappée avec l’accord des travailleurs : « Le personnel a été incité à fonctionner comme si de rien n’était. Suite aux plaintes émises par quelques-uns, le travail dans des conditions difficiles a été payé via le régime des heures supplémentaires. »

Voir aussi le sujet du JT de la RTBF, le 5 décembre. 

Et aussi le sujet audio (JP La Première)

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